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deuxième couche



Parlons d'autre chose, de quelqu'un d'autre, de Suzanne Lafont, dont je ne souvient plus le lien avec mon travail, si ce n'est ce texte qu'elle a écrit, quelque part, je récupère les mots et la belle langue et j'intitule le tout:

Pour un plaidoyer en faveur de la mise en scène

"Peut-être le théatre est-il le spectre qui hante l'art moderne, le refoulé, et donc le revenant, de toutes les théories modernistes affirmant l'anti-illusionisme et l'autonomie de l'oeuvre comme condition sine qua non de son appartenance à la sphère artistique. Le théâtre, lorqu'il refuse la dramaturgie classique, avec sa prééminence du texte, sa scène-miroir et son acteur-reflet du spectateur, ouvre un espace intermédiaire entre les diverses formes d'art, une scène ambivalente où le coté artificiel, emphatique et outré du jeu retrouve une étrangeté non-codifiée où le manièrisme distancié et le refus de l'empathie engagent le spectateur dans le processus de construction du sens et où les dimmensions réelle et fictionnelle de l'oeuvre se renforcent mutuellement."

explication et repliement


Le MDF et les charnières
La pratique du découpage a repris son cour. L'apparition de nouveaus matériaux (contreplaqué et MDF= médium) ont transformé ma façon de travaillé, mais j'ai tout de même voulu garder la contrainte telque je l'ai énoncé depuis le début= ne jamais retirer un morceau de la surface. Le MDF impliquera un autre geste, l'éphémère a disparu avec le papier et la bâche. Aucune place n'est laissé au hazard (enfin tant que se peut), la surface a un poid et une épaisseur, je travaille comme un menuisier. Les propriétés du matériaux m'ont obligé à concevoir des formes plus simples à découper. Le MDF ne se plit pas. Il est donc clair que de la règle d'origine (ne découper jamais en deux) il ne reste que le concept, ce qui produit la forme finale. Avec le MDF, je dois retirer chaque morceaux pour les relier ensuite avec des charnières. Les charnières ont donc remplacé les plis. De plus, la résistance du MDF permet de créer des objets pratiquables par l'homme (table, chaise) (on est donc en plein dans le design).

Donc la molesse de la bâche fait place à un matériau qui ne laisse pas la gravité imposer ses lois. L'image peut se coller à la surface, il ne s'agit plus d'une ombre fragile. Cepandant, la découpe du MDF et le montage des charnières permettent à la pièce de "s'articuler" (notion que j'ai eu beaucoup de difficulté à dévelloper avec la bâche) La sculpture (et oui c'est dit) à plusieurs états: position allongée, (a plat) position assis (l'objet apparait) et position repliée (pour prendre moins de place).

Cette manipulation donne aux pièces des qualités fonctionnelles (transportable, adaptable) mais avant toutes elles sont transformable, comme si le geste de réalisation n'était jamais terminé. C'est un objet en devenir, qui peut soit être image (à plat) soit objet fonctionnel, soit volume abstrait. Seul se balancent toujours les traces, les négatifs, les découpes qui vont faire passer le rectangle en planche puis en assise de banc.

La valise en plastique rouge
J'aime cette fraiche inoncence à vanter les mérites techniques de nouveaux produits (parceque l'on est pas loin du produit). Cela me rapelle cette scène de repas, où aprés avoir aidé une amie à déménager, son père nous amène dans une valise en plastique rouge, la table de camping qu'il avait du acheter dans sa jeunesse.
Tout en observant comment de la caisse pouvait sortir les quatres chaises, nous l'écoutions déballer toutes ces anecdotes glanées années aprés années au travers de ses multiples campings. Sa femme avait d'ailleurs cassé un des montant d'un tabouret (ce n'était pas des chaises). Je n'ai pas les dons de compteur, mais je ressent aussi cet émerveillement chaque fois que je pli et déplis mes objets. Cette joie toutes bête de voir apparaître un objet comme par magie. Ce sont généralement des formes simples, qui n'ont pas pour but elles-même de décorer ou de se transformer à tour de magie. Ce sont des objets qui se font oublier, qui remplissent leurs fonctions et qui disparaissent une fois terminé.
Cela rejoint un peu les sculptures de voyage de Duchamp, le rapport à l'oeuvre d'art en tant qu'objet utile. (à ceci prés que mes objets sont réellement utile, on est donc plus dans le design)

Aire de repos contre aire au repos?

La situation géographique isolée du LAC et le thème de l'aire de repos correspondent parfaitement mais cela est du pur hazard. Surtout que l'aire de repos n'est pas le thème, je ne veux pas de thème pour éviter tout enfermement. Je suis dans un rapport au volume où la représentation rentre peu en jeux, presque en portafo (je sais pas comment ça s'écrit).
Aire au repos donc plus. Ces surfaces de MDF que j'ai découpées et réassamblées. Que je dépose en équilibre, simplement adossées à une colonne, un mur, ou encore retombée par terre. Voir la surface dans ses états, au repos, comme une marionnette que l'on aurrait rangée. Et ainsi mettre l'accent sur le poids, l'équilibre et la tension, donnés qui sont à même de manifester la présence de l'oeuvre.
L'aire de repos m'interresse car son esthétique de non-lieu, pauvre et fonctionnelle, correspond à l'esthétique de la table de camping. Je suis bien évidement séduit par cette poésie de la banalité. Mais je ne voudrait pas non plus enfermer la forme dans une mise en scène. Comme le dit Bruce Bégout, il faut contredire en bloc le lyrisme des choses quelconques, la poétique du banal, la célébration pleine de sensiblerie des petits riens, dans lequel se complaisent ceux qui s'occupent du monde quotidien. A la même manière que Valérie Mréjen révèle le vide qui habite nos échanges, avec une parfaite précision et un point de vue juste, intéligent et fin. Je voudrais aussi, comme j'ai réussi avec Sans titre (manuel) rendre perceptible, l'étrange vide, cette notion d'être nulle part, et de participer à ce nulle part lorsque qu'on est sur une aire de repos. C'est finalement ce qui se passe aussi dans un espace d'exposition.
Donc plus que mise en scène, je parlerais de mise en abîme dans la mesure où l'espace d'exposition de propose pour les personnes qui y rentrent de pratiquer les gestes qui y sont conformes.


De la clandestinité

L'aire de repos n'est qu'une surface, et sa particularité est qu'elle en cache d'autres, enfin une autre. Des comportements et publics diffèrent selon le temps. Comme les parcs, les parkings et les chiottes, les aires de repos sont les seuls lieux publics qui grâce aux homos peuvent offrir un espace de marginalité, de rapports sociaux complètements reformulés et débridés.
Cette clandestinité me fascine d'autant plus que je suis gay. Mais je n'ai jamais fréquenté ces lieux pour cela. Je partage donc comme la plus part des gens une certaine méconnaissance. Cet évidement que cela doit insufler mon désir de traiter du sujet. Mais pour l'instant je ne sais trop comment. Si la mise en scène/abime, joue à reconstituer une aire de repos dans le lieu d'exposition, alors il n'y a rien à rajouter. Le WC du LAC sont trés bien...
Peut être délimitter des recoins, des cachettes, une géographie propice pour pouvoir sucer des bites pendant le vernissage...

Et Morris alors?
OUi il clair que la question se pose tant le LAC est un temple du minialisme avec quelques ex-voto du saint des saint découpeur = Robert Morris.
Alors je ne dirais qu'une chose parceque mes mains commencent à avoir un peu mal. Je ne souhaite pas m'identifier ou me placer par rapport aux Pères pour l'unique raison de béncéficier d'un bout de reconnaissance au travers de l'histoire de l'art. Des minimalistes je garde précieusement les gestes, disons plutôt les verbes (découper, placer, poid, équilibre) mais pour ce qui est du reste. Si au final les pièces s'apparentent à une esthétique minimaliste, ce n'est que fortuit, j'arrive d'un autre chemin.

Monter au cieux



Voilà, la journée est donc sous le signe désopilant de ces humeurs aussi lourdes que le temps, plombant avec le soleil l'espoir d'un brin de fraîcheur pour le moral. Bref au diable la rhétorique, c'est une journée de merde.
Mais voici donc que au moins, j'ai pu mettre un nom sur un (et ici une) de ces artistes dont je parlais précédemment. Ceux qui dans le processus suivent la même filiation que moi, à savoir les pas du Professeur Masahiro Chatani. Elle s'appelle Ingrid Siliakus et elle est donc Architecte de Papier/ artiste (en anglais dans le texte) et son site est ici.

Donc faute de ne trouver avec Papa Judd, Papa Morris et les autres de quoi poser mes pieds, je peux au moins définir où je ne les poserais pas. Dans les territoires que (avec la peur d'un jugement trop hatif) Ingrid a donc choisi, une forme qui s'éloigne terriblement du processus, de ce qui peut faire sens à mon avis. Car si elle énonce la contrainte et les difficultés propre à ce travail, ce n'est que pour valoriser le talent et l'expertise formelle dont ces pièces (ça au moins on ne peut pas le lui enlever) témoignent. La représentation n'a donc pas vraiment bougé, elle suit le chemin tranquille de l'académisme et du décoratif pour terminer avec les invitations pour mariages.


Et oui, cela complète la tour eiffel en allumette... Mais, dans une production artistique contemporaine qui se joue des styles, des registres de représentations, la destination de l'oeuvre entre galeries et bureau de tabac n'est pas forcement si évidente. Alors allons plus loin. Il ne s'agit donc plus de distinguer qu'es-ce une pratique noble et une pratique pauvre, il ne s'agit plus d'incanter les vieux mythes des avants gardes et de prôner l'originalité à tout prix.

Ingrid répond pour l'instant à tout ces critères quoi qu'on en dise, mais pourquoi mes poils se hérissent quand je vois son travail? Et bien à la différence d'un geste comme je ne sais plus qui (oups) qui achète des tableaux du dimanche sur les brocantes pour les mettre dans la galerie, le geste d'Ingrid semble dénuée d'intentions, comme si l'esthétique venait consensuellement tout justifier.

Les préceptes de la transparence post-moderne touchent à leurs fins, il ne s'agit plus maintenant de tout déconstruire, ni de concevoir un rapport à l'oeuvre dans la distance réflexive de sa place dans le monde. Mais le travail d'Ingrid n'est pas non plus dans la fraîche mouvance du réenchantement.

Je suis entrain de penser que j'aurais beau m'étaler aussi longtemps que je le peux, il y aura toujours un Super Commissaire qui un jour trouvera bon de piocher dans la production d'Ingrid Siliakus et intronisera le "genre" dans le sanctuaire de son musée aprés avoir fais une canonisation de la sainte en bon uniforme. Alors si la parole peut recouvrir plus ou moins tout en fonction des espaces symboliques que l'on maitrise, je construit ma parole autour de mon espace, de ma production.

Et je vais garder ce petit paradoxe pour la fin, je m'insurge violemment contre la production d'Ingrid (un peu comme Don Quichotte)(parce que c'est clair que c'est des enfantillages) mais comme c'est le regard et la parole qui font le reste, je veux bien boire du vin béni et l'osti de l'institution, au moins pour croire que moi aussi, je pourrais un jour monter au cieux.

OA

Origamic Architecture, c'est un japonais du nom de Masahiro Chatani qui l'aurait inventé (il fallait bien un nom). Le principe est le même que le processus de découpage que je prolonge encore sur différent medium. Ces recherches qui rejoignent donc aussi les guirlandes de papier sont surtout appliquées à l'éllaboration de maquette d'architecture et la création de carte de voeux plus kitsch les unes que les autres.
Il ne s'agira donc pas pour moi d'exéler dans l'originalité et la complexité du pliage/découpage. Je préfère Judd mais le kitsch est plutôt sympatique, enfin il démontre en tout cas de l'hermétisme de ces créateurs à toutes originalités, recherches conceptuelles...on est face à un processus qui ne révèlle rien de sa valeur quand on ne veut montrer que prouesse technique et poesie populaire.




celui là me fait penser aux miens



On frolle la maquette de la tour eiffel en allumette, certains y trouverons alors le charme du cheap et du dérisoire, de la proximité avec l'art populaire. et moi je dis que ce vulgaire collage d'une pratique du dimanche en oeuvre d'art me fait gerber. Non pas que je n'y soit pas sensible, mais cette poésie du peu, du pauvre (au sens culturel) ne peut pas se saisir simplement avec une reprise. Et puis on est dans l'image et non dans le processus.

pour revenir au processus, dernier essais en date:

Un ensemble de proposition se dessine, en fond mes amorçes autour du paranormal et la grotte, puis le brouillard se lève.
Je ne pense pas avoir le temps de faire murir le lien entre les imageobjets et les dessins animés (enfin le puisque les autres restent à faire).
Les imageobjets sont une suite à mon travail de découpage, un peu comme si je faisais chemin inverse, revenir à des formes plus simple.Image puisqu'il s'agit d'une seule surface, et que formellement le plan m'interesse de plus en plus. Objet puisque le fait de travail le bois me permet de créer des volumes qui peuvent devenir fonctionnels.


"Sans titre (banc public)"

Je présenterais bien celui là à coté d'un Judd. On a à faire à une déision propre à certains artistes dont je ne me rappelle plus le nom, entre un volume de la période minimaliste avec sa charge "sacré", sa pureté d'objet d'art inscrit dans l'histoire et un volume qui peut faire écho formellement au minimalisme mais qui désacralise totalement l'oeuvre d'art. OK c'est du vu et revu, mais l'espace du LAC s'y prète bien quand même.


"Sans titre (table)"

La simplicité formelle devient presque une forme de provocation. Mais l'objet demeure fonctionnel, de même que le "Sans titre (banc)" fait office de banc déjà présent dans les espaces d'expositions, la table est utilisable, espace de documentation. Mais je ne m'interesse pas à sa capacité à créer des situations, c'est du design. En y pensant le terme imageobjet renvoie directement au design. C'est bel et bien les contraintes fonctionnelles, poid/ solidité/ résistance/ équilibre, qui procède à l'apparition de la forme et de l'esthétique. Entre IKEA et les minimalistes. j'aurais du mal à assumer une ascendance 100% IKEA...


"Sans titre (fauteuil)"

Mais quelque part, il s'agit de second degrés, un espoir de détourner le regard, je ne sais pas si c'est ce que je recherche. Le vrai second degrés serait de prendre un Judd et de poser une plante dessus...

jouer contre la montre

D'ici deux semaines donc je vais présenter mon projet d'expo pour le LAC, pour la grande salle du rez-de-chaussé plus exactement, celle où Christin Phillipp a présenté ces magnifiques toiles. A la différence que je n'ai aucune pièces et qu'il ne reste plus que deux mois pour tout réaliser.

Alors es-ce bien raisonable de mordre quand même à l'hameçon?
Par expérience je sais que ce n'est jamais gratifiant de jouer contre la montre. L'excuse du "faute de temps" me suis bien trop souvent dernièrement et même si c'est malgré moi, elle ne m'aide pas vraiment à porter la culpabilité de faire un travail insufisant. Simplement parceque seul le temps peut dire finalement quand un travail peut-être montré ou pas. Seul le temps permet d'oublier ce que l'on a fait pour pouvoir y poser le mot "fin".

Mais le temp peut-il être une modalité du travail, du processus et du concept en soit?
Cette urgence pour l'instant m'aide uniquement à créer la dynamique qui me met en mouvement dans le faire, alors il est vrai que les idées fusent, alors je ne sais quel crédit donner à une oeuvre qui semble fini en deux jours, concept y compris.

Je reviens depuis plus d'un an

ici, deux bouquins se rencontrent. L'un que je viens d'acheter "bienvenue dans le désert du réel" de Zizek et l'autre, ressorti des cartons "le retour du réel" de Hal Foster.
Si le livre de Zizek se consomme aussi bien que les produits qu'il entend déconstruire, celui d'Hal Foster, critique d'art newyorkais, fervent defenseur des avant-gardes, tend à être bien plus coriace pour la dentition de pseudo intello que je suis.
Néanmoins, mes idées courrent.
Certes il faut toujours se méfier de ces titres accrocheurs aux concepts séduisants dont la pertinence s'épuise rapidement dés les premières pages. Je n'ai pas terminé celui d'Hal Foster, et le cheminement theorique de Zizek est pour le moins chaotique.
Ceci dit, une intuition touche les choses en surface, en apparence. (mon chien se nomme Nietzsche)
Alors si l'un en appelle à son retour (dans la sphère de l'art), l'autre nous le ramène en pleine face pour nous dire qu'il n'est rien (dans la sphère réel, symbolique, imaginaire).
Mon désir se limitera a une volonté de confronter ces deux analyses au regard de la pratique de l'art dans le contexte contemporain.
Car si Monsieur X (artiste dont le nom fera défaut à ma mémoire tout le long de ce blog) fait une piece composée d'une enseigne lumineuse où est écrit: LA REALITE N'EXISTE PAS, c'est qu'il a peut être oublié dans un renversement discursif à 180° que c'est le principe même de l'art qu'il énnonce. Et je ne crois pas à la finesse des jeux tautologiques.